Un éditeur face au principe de mémoire Par Ismaila Samba TRAORE, Directeur de La Sahélienne Edition, Président de PEN MALI/ Malivaleurs

Ici, nous vous proposons un texte de Ismaila Samba Traoré, Directeur de La Sahélienne Edition, éditeur du livre « Le Mali sous Moussa Traoré ». Le texte intitulé « Un éditeur face au principe de mémoire » doit contribuer à faire taire tous ceux qui attaquent, sans trop d’arguments, l’éditeur du livre « Le Mali sous Moussa Traoré ». Lisez !

Partout dans le monde, journalistes, écrivains et éditeurs remplissent leur mission de praticiens de l’écriture et passeurs des idées en élaborant des documents sur l’histoire politique des pays. Cela se traduit par différents types d’ouvrages : des biographies, des livres-bilan, des essais sur les concepts, des récits sur les mutations, les turbulences et les crises, des analyses et prises de position des personnalités publiques sur les grandes questions qui interpellent la nation.

Il arrive le plus souvent que l’homme politique rejoigne la grande famille des écrivains afin de mieux communiquer sa version des faits, son projet de société ou les arguments destinés à démonter les positions des adversaires politiques…

Partout dans le monde, la classe politique et les décideurs sont attentifs à ces -méninges qui font la force des nations qui progressent et des démocraties en construction.

Au Mali les acteurs politiques se sont peu livrés à cet exercice qui aurait pu permettre de mieux documenter les périodes de turbulences et les grandes mystiques fondatrices. Ils ont peu écrit sur les changements en douceur comme sur les révolutions, les expériences réussies et les échecs. Les hommes publics maliens n’écrivent pas sur leur action, à plus forte raison sur leur mandat lorsque vient le temps du bilan. Ils ne sont pas dans une culture de compte-rendu et cela à porté préjudice à la mémoire des faits et des évènements qui ont caractérisé la vie politique du pays. Cela a porté préjudice, dans tous les sens du terme, et nous a installés, nous maliens, dans une grande frustration.

C’est donc si difficile que ça d’écrire, pour un homme public ou politique qui a été au fait des grands dossiers de la République ?

Est-il si difficile que ça de consacrer quelques mois à écrire, pour tirer les enseignements d’une carrière, documenter les réussites et les échecs, faire le bilan afin que les successeurs connaissent l’histoire des équipements, des institutions, des réalisations en tous genres. Connaître l’histoire…pour ne pas en revivre les erreurs, comme nous l’enseigne Goethe !

Le Crédo de notre collection Mémoire

Au niveau des Editions La Sahélienne, du Mouvement Malivaleurs, du collectif d’écrivains PEN MALI, nous nous sommes toujours préoccupés de la problématique de la mémoire dans notre pays.

En parlant de mémoire, nous pensons à tous les fils de chaîne et de trame qui permettent de construire, dans la tolérance et le progrès, une société stable, consciente des erreurs et des errements à éviter, consciente aussi de ses valeurs fondamentales.

La collection mémoire s’intéresse aux Grands témoins. S’intéresse à la mémoire sociale et politique du Mali, à la fois pré coloniale, coloniale et post coloniale. Quel chantier immense ! Dit plus simplement, nous nous intéressons aux grandes pages de l’histoire politique, aux grandes fractures et aux mutations, au parcours des hommes et femmes de toutes catégories. Cela pourrait s’écrire avec vous, car vous êtes tous des écrivains virtuels, pour transcrire l’histoire de votre ancêtre, de la grand-mère ou du grand père qui vous ont enseigné les valeurs, de l’instituteur, du médecin de brousse, de l’ingénieur, du chef de village, du religieux, autant de figures qui ont marqué notre vie et celle de notre communauté, de notre pays. La collection met l’accent sur les défis individuels ou communautaires qui méritent d’être rappelés, les graves erreurs de vision politique qui nous ont entraînés dans la stagnation et les crises. Tout ça, au bout du compte, pour documenter nos compatriotes, susciter le débat sur les problèmes brûlants.

Ce que nous avons déjà réalisé dans ce domaine

Dès 2008, nous avions lancé une collection intitulée Dune verte, tournée vers la mise en évidence de la mémoire des sociétés nomades et sahélo sahariennes. Elle devait, comme cela fut écrit et annoncé, permettre l’émergence de leaders pacifistes afin que les porteurs de kalachnikov ne soient pas les seuls interlocuteurs…

A partir de 2012 nous avons monté une opération de recherche participative intitulée Transcrire la mémoire de la crise

Nous avons produit pas moins de 16 livres sur la crise malienne dont :

• Les indignés de Kati
• Le patriote et le Djihadiste
• Le processus d’occupation du nord du Mali,
• Justice transitionnelle et paix durable au Mali
• Petit chrono de la crise, etc

Nous avons organisé un concours intitulé Transcrire la mémoire de notre société en 2015 dont les résultats sont en cours de traitement.

Aujourd’hui, permettez que je salue les premiers auteurs de la collection Mémoire :

Gaoussou Diawara, Ladji Siaka Doumbia, Yehia Ag Ibrahim Haïdara, Boubacar Ba, Boubacar Mallé, Joseph Tanden Diarra, etc.

Ce livre a une histoire.

Le Pr Kanouté est un romancier, essayiste, poète et homme de théâtre qui a édité à La Sahélienne et à EDIS, des ouvrages remarquables. Je l’ai souvent taquiné en lui demandant d’écrire sur sa longue pratique du pouvoir politique sous la 2è République. Lorsqu’il m’a abordé en septembre de l’année 2015 pour me parler du projet qui nous réunit aujourd’hui, je lui ai donné mon accord de publication…C’était, je le répète, en septembre 2015. Notre maison d’édition a effectué toutes les tâches techniques et le livre a été imprimé en fin février 2016, pour une mise en librairie au tout début du mois de mars 2016. Je remercie les auteurs pour avoir fait confiance à La Sahélienne : Djibril Diallo, Oumar I Ba, Modibo Hallassi Sidibé, Pr Jean Bosco, Pr Singaré, Pr Abdramane Touré, Cheick Oumar Doumbia, Amadou Daouda Diallo, Souleymane Dembélé, et bien entendu Pr Oumar Kanouté.

Comme écrivain/éditeur, je considère que nous sommes en présence d’un document de qualité, bien écrit, présentant un enjeu certain pour le débat politique en cette période de crise : enjeu pour les jeunes qui n’ont pas connu le Mali sous Moussa, enjeu pour la classe politique, enjeu pour ses tombeurs bien entendu si l’on en juge par l’émoi suscité par la publication, enjeu enfin car nous nous trouvons en présence du plus grand succès de librairie de ce premier trimestre 2016, comme l’attestent le libraire Ba, du Grand Hotel que nous avons interrogé à ce propos. Avant même le lancement officiel de ce jour, il est presque épuisé et les libraires et distributeurs se frottent les mains.

A propos du débat, d’aujourd’hui et ceux à venir, sous l’égide de La Sahélienne ou pas         Nous avons l’espoir que la sortie de ce livre soit l’occasion d’échanger, et surtout que le livre et l’écrit fournissent l’occasion à nos compatriotes d’entrer dans un des plus grands débats de l’année…ce qui n’est pas souvent arrivé.

Pourquoi pas un grand débat entre les parties prenantes ? En ce qui nous concerne, à La Sahélienne, à cette étape, nous considérons que des auteurs ont écrit sur une page d’histoire politique de notre pays et nous assumons notre responsabilité d’éditeurs soucieux de donner la parole à tous. Que d’écrits « politiques » n’avons-nous publié depuis quelques années ! Et nous allons continuer.

Il nous faut nous rappeler que depuis quelques années, politiques, sociétés civiles et communautés débattent et brandissent le slogan : DIALOGUE RECONCILIATION.
Ces concepts reposent sur une nécessité vitale pour le Mali. Le débat rouvert par ce livre nous semble être un puissant baromètre, pour mesurer le degré d’engagement de nos élites, politiques et autres, par rapport à l’avenir, aux nouvelles générations.

Pour terminer

Je voudrais, pour terminer, inviter les universitaires et les enseignants chercheurs à aider notre pays et notre société à sortir de la terrible misère politico-intellectuelle qui est la nôtre. Disant cela, permettez que je montre en exemple l’un de nos plus grands intellectuels, j’ai nommé le Recteur Joseph Tanden Diarra, qui vient de produire un document que nous allons publier bientôt dans la collection Mémoire : Dibi Silas Diarra, correspondances de prison.

Pour mémoire Dibi Silas Diarra est ce brillant capitaine de l’armée malienne, gouverneur de la région de…..au moment du coup d’état de 1968, qui sera arrêté par la junte en 1969 pour tentative de coup d’état. Il mourra en détention en 1972 dans des conditions inhumaines.

Disant cela, je veux attirer l’attention de tous ceux qui usent de procédés d’intimidation et de chantage que nous sommes là pour le Mali, au service du Mali.
Nous ne sommes pas impressionnables ! Ni intimidables !

Biographes, à vos plumes ! Universitaires à vos plumes ! Aînés et cadets de familles, à vos plumes !

La Sahélienne, Le Mouvement Malivaleurs et PEN MALI seront toujours là, au nom du débat d’idées, au nom des principes qui guident le combat des intellectuels indépendants des chapelles en tous genres et des officines politiques.

14 Avril 2016

Ismaila Samba Traoré                                                                                      www.ismailasamba.com

Cheick Tidiane Traoré, écrivain à 10 ans

Checik Tidiane est né en 2005 à Bamako. Il a été initié à l’écriture au sein des ateliers de PEN MALI à partir de 2012. Ce benjamin de la littérature malienne est l’auteur d’un autre texte intitulé « la Tristesse » et il a coécrit « Mon frère Ismael » avec sa petite nièce Fatoumata Dramé. Ce livre  » Ma Famille » a été publié grâce à l’appui technique et financier du centre  PEN Mali qui milite pour l’éducation et le leadership des jeunes. Il est également membre du club Littéraire et Artistique du centre PEN Mali de l’école Sacrés coeur

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Le Grenier de Gaoussou DIAWARA

couv. Le grenier

Ce livre-témoignage nous plonge au coeur de la détresse d’un enfant scolarisé dont le handicap auditif constitue un fardeau trop longtemps porté par lui seul. Le jeune malentendant baigne dans un lourd silence, incapable de décrypter l’enseignement verbal des maîtres d’école. Sa détresse aggravée par les maladresses de son environnement humain ainsi que par la précarité familiale qui ne permet pas d’acquérir les instruments auditifs. La collection Mémoire se réjouit d’accueillir ce document exceptionnel sur le combat individuel d’un enfant courageux et tenace face au handicap.

Comment j’ai vaincu mon handicap : du Dr Doumbia Ladji Siaka

Comment j’ai vaincu mon handicap du Dr  Doumbia Ladji Siaka

Ce livre-témoignage nous plonge au coeur de la détresse d’un enfant scolarisé dont le handicap auditif constitue un fardeau trop longtemps porté par lui seul. Le jeune malentendant baigne dans un lourd silence, incapable de décrypter l’enseignement verbal des maîtres d’école. Sa détresse aggravée par les maladresses de son environnement humain ainsi que par la précarité familiale qui ne permet pas d’acquérir les instruments auditifs. La collection Mémoire se réjouit d’accueillir ce document exceptionnel sur le combat individuel d’un enfant courageux et tenace face au handicap.

LE MALI SOUS MOUSSA TRAORÉ : Ouvrage collectif Sous la direction de DJIBRIL DIALLO

Ouvrage collectif Sous la direction de DJIBRIL DIALLO« Le Président Moussa Traoré a dirigé le Mali pendant vingt-trois ans, du 19 novembre 1968 au 25 mars 1991 ; d’abord, comme président du Comité Militaire de Libération Nationale, ensuite, comme Secrétaire général de l’UDPM, Union Démocratique du Peuple Malien, parti unique et constitutionnel. Pour la gestion des affaires de l’Etat, il fit appel aux cadres du pays, exigeant d’eux essentiellement trois qualités : la compétence, le patriotisme, la loyauté. »

Souvenir d’un nomade de Tombouctou de Yéhia Ag Ibrahim Haidara

Souvenir d'un nomade de Tombouctou de Mohamed Ag Ibrahim

Ce carnet retrace la vie du Chef Yehia Ag Ibrahim Haïdara dans les campements des pasteurs nomades dans le Sahara de Tombouctou où il est né et tout au long de sa carrière d’homme public ayant relevé de nombreux défis. Elève brillant dans sa jeunesse, il a néanmoins été confronté à l’hostilité de ses parents vis-à-vis de l’école française ; seule l’estime de ses maîtres d’école l’a soutenu alors qu’il était privé de celle de sa communauté. Tout au long de sa vie, il a entrepris d’approfondir la connaissance et la maitrise du saint Coran et des principes de l’Islam pour mieux intégrer sa communauté, convaincu qu’il faut associer les deux instructions pour préparer l’avenir et l’émancipation de tous les enfants de la communauté touareg

Nation en sommeil de Aboubacar Maiga

C’est un recueil qui vient enrichir la poésie malienne, genre dans lequel la production se révèle encore bien maigre, tant il est difficile et privé des faveurs du public. Préfacé par Alassane Souleymane, Nation en sommeil (suivi de Nouvelles du Mali) est le nouveau livre d’Aboubacar Maïga, journaliste à l’ORTM et enseignant d’université.

C’est d’abord un livre intime où, avec des vers qui cascadent comme une chute d’eau, le poète célèbre le Mali, ses monuments, le palais de Koulouba, Bamako. Il rend hommage aux artistes, aux Aigles, chante son amour pour ses parents, ses petites sœurs.

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Cependant, rapidement, la poésie explose et le poète, faisant un précepte de cette phrase d’Abdellatif Laâbi « plonger le bistouri partout où l’homme a mal », s’insurge contre la souffrance, exprime son insatisfaction, refuse la facilité et l’ordre établi. Nation en sommeil, poème éponyme du livre peint sans concession les tares qui ont permis les dérives actuelles du pays : corruption, népotisme, spéculation foncière. Les crises, l’éducation, l’immigration, la cherté de la vie, les maladies, le basculement des normes sociales n’échappent pas à la lucidité douloureuse du poète. « Des empires, tu devins pays des carriéristes salariés sans vocation/Si nous ne sommes pas en train de prier, sommes en train de jeûner/Sinon dans l’embouteillage simulant de vaquer à nos occupation/Le reste du temps au grin, aux mariages, aux baptêmes ou au dîner/On ne trouve jamais un employé à son poste au moment où il faut/Même la secrétaire vient quand il lui chante après levée du drapeau/Quatre heures dans la circulation, deux heures et demie au bureau », crie-t-il.

Dans Rien, il y a une bonne dose de désespoir et de morbidité. Ce poème comporte des aphorismes pessimistes, résonne de questions existentielles qui renvoient au texte De l’inconvénient d’être né du grand pessimiste roumain, Emile Cioran : « A peine né, on prie déjà pour ce qu’on n’a pas encore commis/Et c’est juste là le gouffre d’où découlent tous nos tourments !/Croire juste pour croire, nos temples remplis sans vraie foi/A nous un monde à la fois petit et vaste, simple et compliqué/Avec une vie si courte et comblée d’inattendus!/Mais pourquoi nous devons être et un jour ne plus être ?/ Pourquoi même naître ?/ pourquoi venir porter ces galères et ces haines ? » (Rien, P.24)

Les questions existentielles posées par Aboubacar Maïga renvoient aussi à la perception que nous avons du temps. Perception selon laquelle la vie est linéaire : un parcours, on vient au monde et on meurt au final. On va d’une extrémité à une autre. Il est clair que personne ne peut fournir des réponses à ses questions. Il a les réponses au fond de lui-même. Ou peut-être les ignore-t-il lui aussi. Et bienheureux les ignorants. Dans son texte, Emile Cioran aussi fait prendre conscience à l’homme de sa finitude et est près d’évoquer l’absurdité de cette vie qui « ne vaut pas la peine d’être vécue » : « Si, autrefois, devant un mort, je me demandais : « A quoi cela lui a-t-il servi de naître ? », la même question, maintenant, je me la pose devant n’importe quel vivant ». (De l’inconvénient d’être né, P.10)

Et c’est évidemment à ce texte que Sami Tchak, le Togolais, dans La Fête des masques, fait un clin d’œil lorsqu’il fait dire à Alberta ses propos teintés de pessimisme : « Parfois, je pense que ça ne vaut pas la peine de naître. Mais, bon, quand on est déjà né, on doit faire avec. » (P.21)

Ce recueil est apporte plus-value à la littérature universelle, celle des Voltaire, Shakespeare, Camoes, Goethe, Cervantès, Dostoïevski, en ces sens qu’il en aborde quelques thèmes (universels) tels que l’amour, la mort, la liberté. La parole y est éclatée avec une surcharge d’images, une absence de contrainte syllabique, et un déploiement des mots d’après une rythmique spontanée. On sait que depuis 1980, l’engagement dans la poésie africaine n’est plus une obligation, et la création, selon Jules Monnerot ( principal artisan de L’Etudiant Noir) devient « un procès solitaire où l’unique contrainte pourrait être la fidélité du poète à son inspiration personnelle. » Dans le recueil, le poète réussit à faire de la poésie un enregistrement du malaise social, en ce sens qu’il ne manque pas de toucher à la récente crise que le pays a traversée.

Boubacar Sangaré

Cérémonie d’hommage à la mémoire du professeur Issiaka Bagayogo

Le Directeur de la Sahélienne édition, Ismaila Samba Traoré, Président et fondateur de PEN Mali a organisé une cérémonie d’hommage à l’Université de Bamako à la mémoire du professeur Issiaka Bagayogo. C’était le Mercredi 12 Aout en présence de quatres anciens Ministres de l’enseignement supérieur, de nombreux professeur émérites et des doctorants. Les échanges on porté sur le livre le Delta intérieur du Niger publié à titre posthume par la Sahélienne avec une préface de Samir Amin.

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