Moussa Konaté, l’anti-musalaka

An balimaw aw salam Aleikoum !
Minisiri Buruno Mayiga
Konatéla kaw ! Furunyogonw ! siginyogonw ! baarakenyogonw ! Tériw ! balimaw !
Aw bè bonya bè Kuma la
Nin dakuru nyè damado ye taasibila ye k’a nyèsin banbagato ma. Ka bo a jènyogonw ni barakènyogonw yoro, n’oyé écrivainw ni éduteuruw ye.

L’honneur me revient, en cet instant chargé de tristesse, de prendre la parole au nom de l’OMEL dont le président Hamidou Konaté ici présent, au nom de la Ligue des Écrivains du Mali dont le président Doumbi Fakoly ici présent, au nom du collectif d’écrivains PEN International Mali, au nom des écrivains maliens dans leur ensemble, au nom des éditeurs maliens dans leur ensemble, au nom de tous les professionnels du livre et de l’écrit, du Mali, d’Afrique, de France et du monde dont certains ont fraternisé grâce à Étonnants Voyageurs, au nom de tous les militants qui font bouger le monde par leur réflexion et leurs écrits, l’honneur me revient donc de transmettre les sentiments que nous éprouvons avec la disparition de Moussa Konaté.

Je voudrais trouver les mots qu’il faut pour dire à tous ce que fut la place de Moussa Konaté dans l’histoire des idées, le combat démocratique, le combat pour le rayonnement de l’éducation et de la culture. Le combat pour la professionnalisation des métiers du livre au Mali. Le combat pour faire du Mali une destination pour les écrivains du monde entier, à travers le festival Étonnants Voyageurs dont il était coprésident.

C’est donc un sujet vaste ! Très vaste ! Moussa a embrassé tout ça ! Et plus encore !

Le temps et les circonstances ne nous permettent pas d’évoquer sa vie, ses écrits, ses engagements, tous ces combats multiformes qu’il a livrés. L’homme a écrit et publié près de quarante livres. Quarante livres destinés à documenter maîtres d’écoles et professeurs d’ici et d’ailleurs ! Élèves et étudiants d’ici et d’ailleurs ! Journalistes et chercheurs d’ici et d’ailleurs! Hommes politiques et décideurs de tous niveaux ! Mais aussi, agriculteurs, artisans et pasteurs qui sont alphabétisés en langues maliennes.

Près de quarante ouvrages de réflexion critique, d’essais politiques, romans, pièces de théâtre, littérature de jeunesse.

Que de nuits blanches faut-il dans une vie pour écrire seulement un ou deux livres ? Moussa a utilisé son capital vie pour écrire. Il s’est consumé pour créer. Il a fallu beaucoup de renoncements et beaucoup de distance par rapport aux bruits du quotidien, pour se soustraire et créer. Dans la solitude la plus extrême. Peu de gens en une génération peuvent réussir ce qu’il a fait.

Lui l’a réussi, lui l’anti-Musalaka ! L’anticonformiste ! Le forçat de l’écriture pour employer une expression qui fut donnée à Balzac !

Cet homme n’est pas mort, car il survit à travers ses écrits, sa pensée ! C’est bien la sagesse chinoise qui a dit que « pour être un homme, il faut avoir planté un arbre ou écrit un livre » !

Famille Tiény Konaté, vous qui avez donné au Mali tant de fils et filles illustres, permettez que je salue quelques-uns des aînés de cette famille, au premier rang desquels mon homonyme Ismael Konaté, un innovateur de premier plan, homme de cœur et de conviction qui a brillé par la qualité et la pertinence de ses engagements, le Pr Sanoussi Konaté, qui signe un remarquable ouvrage sur cinquante ans de politique de santé au Mali… Tous les autres que je ne saurais nommer. Que l’on me permette de terminer par le cadet, Ousmane Tiény, romancier et critique littéraire reconnu… vous qui avez donné au Mali tant de fils et filles illustres, je vous vous prie s’accepter la reconnaissance et les condoléances de l’OMEL, de PEN International Mali, de la Ligue des Écrivains du Mali. Pour avoir donné au Mali et à l’Afrique l’écrivain malien le plus important de sa génération.

Salut, Moussa ! Les confrères et la nation malienne toute entière te disent ceci :

Tu as rempli ta part de contrat dans la construction de la grande bibliographie malienne et africaine. Tu as rempli ta part dans l’édification d’une école et d’une société maliennes mieux ancrées. Tu as rempli ta part de militant dans le combat pour les libertés.

Au cours des années 1980, tes lecteurs et ton cercle d’amis sentaient déjà que tu repousserais toutes les limites de l’engagement. Car ta passion du Mali était densifiée par ta capacité d’indignation, ton refus de la complaisance et de la médiocrité. Tu as compris avant beaucoup de gens que nous étions dans une crise de valeurs et par conséquent dans une crise de société tout à fait insidieuse. En cela tu fus un visionnaire.

Tu as su dénoncer les dérives politiques à un moment où les militants étaient rares. Tu as pris des risques politiques sans limites avec certains de tes écrits. La médiocrité dans laquelle le pays était tombé t’empêchait de dormir !

Ta conversation était obsessionnellement orientée sur le pays, ce qu’il était devenu. Tu débattais tout le temps. Jusqu’à déprimer. Rarement nous avons rencontré un homme comme toi, obsédé par son pays. Et lorsque tu t’es expatrié, ce fut pour mieux te consacrer au Mali. Après avoir contribué à créer des emplois ici, tu as posé aussi un pont entre le Mali et le monde. À travers ta présence dans les médias et forums, à travers ta société de diffusion, à travers Étonnants Voyageurs ! Tu as contribué à donner du Mali l’image d’un pays qui pense ! Qui se bat ! Qui apporte de la qualité dans l’échange mondial. Tu as admirablement servi ton pays et l’Afrique. Sans penser à ton propre confort, sans ménager ton énergie et ta santé.

Ce que tu laisses derrière toi est impérissable.

Puisse Dieu inscrire cette immense contribution au titre de tes Baradji et Sininyèsigi.

Pour terminer, j’invite mes compatriotes à méditer ces phrases du penseur arabe malien Sidi Yehia Et Tadelsi, qui vécut à Tombouctou au XVe siècle et qui a donné son nom à une mosquée de cette ville :

Et Tadelsi a écrit ceci :
Souviens-toi le souvenir est plein d’enseignements utiles ;
dans ses replis il y a de quoi désaltérer l’élite de ceux qui viennent boire ;
N’as-tu pas vu que si la trace de ceux qui mettent de l’ardeur
à être généreux mérite d’être citée, la trace laissée par les penseurs
est plus digne d’être estimée encore.
La disparition d’une intelligence de ce monde est un deuil
qui se manifeste en tous pays et chez les hommes de valeur.

Ismaïla Samba Traoré
Écrivain et éditeur
Président du collectif d’écrivains PEN Mali
Porte-parole

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